Concert #2 > Une Pâques romaine vers 1590

The Brabant Ensemble © Jana Joci Avgus

La mort et la résurrection du Christ occupent une place centrale dans la foi chrétienne. La douleur et le chagrin cèdent la place à la joie et à l’espérance. Ces sentiments contradictoires vécus par les fidèles au moment de Pâques ont inspiré les plus grands compositeurs du 16e siècle. Les prémisses du mouvement baroque, consécutif au Concile de Trente, traduisent une exacerbation de ces passions. The Brabant ensemble, nous offre un programme illustrant cette dichotomie avec des œuvres sublimes du grand compositeur romain, Giovanni Pierluigi da Palestrina mais également de ses contemporains tels Tomas Luis de Victoria ou encore Jacques Arcadelt.

 

Vidéo

 

Distribution

Sopranos : Helen Ashby, Kate Ashby, Lucy Cox, Eloise Irving

Altos : Emma Ashby, Sarah Coatsworth, Helena Cooke, Claire Eadington

Tenors : Ben Breakwell, Alastair Carey, David Condry, Christopher O’Gorman

Basses : James Arthur, Adrian Horsewood, Graham Kirk, David Stuart

Direction : Stephen Rice

Programme

Dedicatio

Andreas Pevernage (1542/3-91)
Encomium musices

Passio

P. da Palestrina (1525/6-94)
Stabat mater dolorosa

Alonso Lobo (1555-1617)
Versa est in luctum

Resurrectio

Tomás Luis de Victoria (1548-1611)
Victimae paschali laudes

Palestrina
Missa Ad coenam agni providi

Gloria

Palestrina
Surrexit pastor bonus

Maria Costanzo Festa (ca 1490-1545)
Inviolata, integra, et casta es

*** Pause ***

Palestrina
Missa ad coenam Agni providi

Sanctus [sans Benedictus]

Jacques Arcadelt (ca 1505-68)
Pater noster

Palestrina
Missa ad coenam Agni providi

Agnus Dei

Dominique Phinot (c1510-56)
O sacrum convivium

Ascensio

Antoine de Févin (ca 1470-1511/12)
Ascendens Christus in altum

Laudes Virgini

Johannes Lupi (c1506-39)
Salve celeberrima virgo

Palestrina
Regina caeli laetare

Note d'intention

Dans ce programme nous parcourons les moments les plus significatifs de l’année liturgique, commençant au pied de la Croix, pleurant la mort du Christ, mais passant vite à la joie de la découverte du tombeau vide et à la célébration de la résurrection de Notre Seigneur. Nous nous intéressons particulièrement à la musique de Giovanni Pierluigi da Palestrina, doyen des compositeurs du Vatican, avec des extraits d’une Messe basée sur l’hymne pascal Ad coenam Agni providi, de même que son magnifique Stabat mater et deux motets à huit voix pour la période pascale. Nous présentons ensuite d’autres compositeurs actifs à Rome comme Costanzo Festa, Jacques Arcadelt, et Tómas Luis de Victoria, que nous complétons par des œuvres de Alonso Lobo, Dominique Phinot, et Johannes Lupi.

Le programme commence par une dédicace en forme de  louange à la musique, du compositeur néerlandais et contemporain de Palestrina Andreas Pevernage. Arrangé pour six voix, ce court poème fait preuve, comme de Lassus, d’un soin particulier pour la déclamation du texte. Ensuite nous passons à la Semaine Sainte, avec la version de Palestrina du Stabat Mater, l’une de ses œuvres les plus célèbres, à juste titre. Palestrina nous fait sentir la détresse de Marie tout en illustrant magnifiquement le texte poétique avec une écriture à double chœur.

Aussi expressif mais dans un style plus évidemment plaintif nous trouvons le motet légèrement postérieur de Alonso Lobo, qui était maître de chapelle de la cathédrale primatiale de Tolède lorsqu’il le composa. Bien qu’il s’agisse d’un motet funèbre, composé pour les obsèques de Philippe II d’Espagne, plutôt que spécifiquement pour la semaine Sainte, Versa est in luctum baigne dans la même atmosphère que le Stabat mater.

A cet endroit du programme nous passons à la découverte par les deux Marie de la réalité de la Résurrection, avec le motet dialogué de Victoria basé sur la séquence Victimae paschali laudes. Il sera suivi du Gloria de la  Missa Ad coenam agni de Palestrina, arrangé pour 5 voix, extrait du premier livre de messes de Palestrina, publié en 1554. Le style de ce premier livre est somptueux et très imitatif, mettant en évidence les longues phrases rythmées typiques de Palestrina. Avec le motet Surrexit pastor bonus, nous voyons un retour à l’antienne du Stabat mater ;  malgré son texte joyeux Surrexit pastor bonus est traité sur le mode mineur. Et pour terminer la première partie nous présentons un motet-séquence du célèbre contemporain de Palestrina : Costanzo Festa. Cette version à huit voix de Inviolata rend hommage, comme d’autres versions du même texte, à la version à cinq voix de Josquin Desprez, célèbre pour son canon à distance de trois brèves dans la première section, de deux brèves dans la seconde, et d’une brève dans la troisième. La version de Festa est un canon à huit, qui comprime l’intervalle canonique plutôt que la mesure : il commence à l’octave, évolue vers la quinte et termine par la quarte.

La deuxième partie commence avec le Sanctus de Palestrina, suivi d’une version sereine du Pater Noster de Jacques Arcadelt, compositeur franco-flamand qui fut chanteur à la Chapelle Sixtine dans les années 1540. Basé sur le plain-chant, le motet d’Arcadelt révèle les influences de la forme du madrigal pour lequel il est plus connu, ainsi que son don pour les riches mélodies. L’Agnus Dei de Palestrina qui suit est tout aussi expansif, surtout dans la deuxième partie qui ajoute une seconde basse pour créer un ensemble à six voix.

Ceux qui connaissent bien la liturgie auront remarqué que nous suivons dans les grandes lignes le déroulé d’une célébration de la messe au milieu de ce programme, et ceci culmine dans le motet pour la communion de Dominique Phinot, O sacrum convivium, qui est aussi pour double chœur dans une ambiance sereine et extatique.

Puisque le début du programme a coïncidé avec le début de la période pascale, nous terminons la partie quasi liturgique de la soirée avec un motet pour la fin du séjour du Christ sur la terre, le Ascendens Christus de Févin. Tout en étant la pièce la plus ancienne que nous donnons ce soir, datant de 1510, elle n’en est pas moins étonnamment moderne. Elle est à six voix, avec soprano et alto divisés, adoptant ainsi un style éthéré qui convient à une pièce décrivant l‘Ascension de Jésus aux cieux.

Enfin nous chantons deux motets à la gloire de Notre Dame, tous deux à huit parties mais de style très contrasté.  Johannes Lupi, qui serait certainement mieux connu s’il avait vécu plus de 33 ans, fut maître de chapelle de la cathédrale de Cambrai, ce grand centre musical qui hélas est perdu pour nous. Son Salve celeberrima virgo est caractéristique du style flamand en ce qu’il est très imitatif, et aussi dans le mode mineur, donnant à la pièce un ton légèrement mélancolique malgré le texte résolument à la louange de la Vierge.

Le Regina coeli de Palestrina, cependant, l’une de ses versions de ce texte, est joyeux sans aucun doute, se concluant par des acclamations de louange échangées par les deux chœurs

The Brabant Ensemble

The Brabant Ensemble est l’un des groupes vocaux professionnels les plus réputés, spécialisé dans la polyphonie de la Renaissance, avec une discographie substantielle comprenant de nombreux enregistrements de première. Il tire son nom du Duché de Brabant, une région qui fait maintenant partie du nord de la Belgique et du sud des Pays-Bas, d’où provient l’essentiel de son répertoire. Il a été fondé en 1998 par Stephen Rice dans le but d’interpréter la musique sacrée jusqu’à présent sous-exposée du milieu du 16e siècle. Depuis lors, l’ensemble a joué un rôle de premier plan non seulement dans la réhabilitation de compositeurs tels que Nicolas Gombert, Thomas Crecquillon et Pierre de Manchicourt, qu’il a tous enregistrés sur Hyperion, mais également dans l’exploration continue de personnalités majeures telles que Lassus, Palestrina et Obrecht. Son enregistrement de Mouton était « Disc of the Week » sur CD Review de BBC Radio 3.

The Brabant Ensemble se produit sur la scène internationale : en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, en Espagne, au Portugal et en Slovénie. L’ensemble a fait ses débuts au Wigmore Hall de Londres en septembre 2016.

En savoir plus : site webfacebook

Stephen Rice, direction

Stephen Rice est un chef de chœur, chanteur et écrivain indépendant en musique. Il a occupé des postes universitaires dans les universités de Southampton et de Bristol et dans plusieurs collèges d’Oxford. En 2004, il a obtenu un doctorat à l’Université d’Oxford avec une thèse sur les motets de Nicolas Gombert. Il a ensuite été boursier junior de recherche au Wolfson College, Oxford (2004-2008). Parallèlement à la fondation et à la direction de The Brabant Ensemble, il a dirigé de nombreux concerts dans les domaines du chœur, de l’oratorio et de l’opéra, en tant que journaliste indépendant et directeur du New Chamber Opera Studio entre 1999 et 2004, et comme directeur de la musique à Mary Magdalen de 2003 à 2011. En tant qu’érudit, il a publié des ouvrages sur la musique de Gombert, Morales, Thomas Tallis, Clemens non Papa, Josquin Desprez et Victoria, ainsi que sur la théorie musicale de la Renaissance.

En savoir plus : twitter 

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