Conférence >La musique baroque à l’épreuve de l’étrange étrangeté

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1527. Le terrible “Sac de Rome” par les troupes protestantes, et le vieux monde catholique vacille, et pas seulement sur le plan religieux, moral et politique, et même sur le plan artistique. L’angoisse d’une fin du monde motive une nouvelle culture des formes: on passe du classicisme apollinien de la mesure, des proportions, de la règle, du cercle, de l’ordre (le cosmos) à un univers bien plus audacieux et plus aventurier celui de l’irrégularité, de la disproportion, du bizarre, de l’imprévisible, de la démesure (l’intérêt pour le monstre), de la sophistication, qu’on nommera “baroque” — “barroco” est un nom portugais qualifiant une perle irrégulière.
Michel-Ange (fidèle au Pape Jules II), Dürer (disciple de Luther), contemporains de ces bouleversements, fixeront d’emblée les lignes de force du Baroque, et l’onde de choc atteindra quelques décennies plus tard les musiques d’Allemagne, d’Angleterre, des Flandres, de France, puis d’Italie, aussi bien avec la musique baroque qu’avec celle de la Contre-Réforme.
D’autres mondes s’imposent: outre la crise de la chrétienté, l’invention de l’Amérique introduit des données nouvelles en Espagne et au Portugal. La musique de la péninsule ibérique subira de profondes transformations, exportant même ses étrangetés et ses exubérances dans le Nouveau Monde, au Brésil notamment.
La musique baroque exprime donc, à l’époque (XVIe-XVIIIe siècles), à la fois l’intérêt pour les nouvelles formes, pour les nouveaux mondes, et l’intérêt pour les extravagances et la virtuosité.
Il s’agira donc de faire comprendre la révolution baroque en musique à la lueur des événements historiques concernant les mentalités, les sensibilités et les modes de création, et ce en s’aidant d’exemples musicaux adéquats.

Philippe Choulet, philosophe

Agrégé de Philosophie, Philippe Choulet est professeur honoraire de Chaire Supérieure en Philosophie en classes préparatoires aux Lycée Fustel de Coulanges et Lycée Kléber à Strasbourg et directeur de la Revue L’Animal. Il enseigne l’histoire des arts graphiques à l’École Émile Cohl à Lyon.
Il a publié divers ouvrages dont, en 1993, La Philosophie Allemande (en collaboration avec D.Folscheid) aux PUF, Nature et culture et La Mémoire aux Éditions Quintette, en 1990, Nietzsche, l’art et la vie (avec Hélène Nancy), édition du Félin, 1996, La bonne École, I. Penser l’École dans la civilisation industrielle, avec Philippe Rivière: Champ Vallon, septembre 2000. La bonne Ecole, II. Institution scolaire et contenus de savoir dans la civilisation industrielle 2004, Glenn Gould, L’idiot musical, Contrepoint et existence (avec André Hirt), Kimé, 2006.

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