Concert #5 > Kleine geistliche Konzerte

Le Parlement de Musique © Philippe Stirnweiss

Heinrich Schütz (1585-1672) est considéré comme le père de la musique allemande. Il est allé étudier à Venise auprès de Giovanni Gabrieli (1557-1612) et restera dans la Sérénissime pendant près de quatre années. Il y retournera pour rencontrer Claudio Monteverdi (1567-1643) dont il assimilera le style récitatif. Il sera ensuite embauché par différentes cours dont celle de Dresde mais également celle du Danemark. Il trouvera refuge dans cette dernière pendant la terrible guerre de religion, la Guerre de Trente ans. C’est au cours de cette période danoise qu’il publiera les Symphoniae Sacrae I et II ainsi que les Kleine Geistliche Konzerte (Petits Concerts Spirituels). Le Parlement de Musique nous offre quelques-unes des plus belles pages de ces recueils.

 

Vidéo

Distribution

Eugénie Warnier : soprano

Laureen Stoulig : soprano

Nathanaël Tavernier : basse

Stéphanie Pfister : premier violon

Bérangère Maillard : second violon

Annabelle Luis : violoncelle

Martin Gester : orgue, clavecin et direction

Programme

Johann Rosenmüller (1617 – 1684)
Sinfonia

Heinrich Schütz (1585 – 1672)
Geistliche Concerte II : Rorate cœli desuper SWV 322 – SSB
Symphonies Sacrées II : Was betrübst du dich, meine Seele SWV 353 – SS, 2 vl
Geistliche Conzerte I : O lieber Herre Gott SWV 287 SS
Symphonies Sacrées II : Herr, nun lässest du deinen Diener SWV 352 – B 2 vl

Johann Rosenmüller
Sinfonia

 Heinrich Schütz
Geistliche Concerte I : O süßer, o freundlicher Herr Jesu Christe SWV 285 – S
Geistliche Concerte I : Das Blut Jesu Christi SWV 298 – SSB
Geistliche Concerte II : Ich liege und schlafe SWV 310 – B
Symphonies Sacrées II : Es stehe Gott auf SWV 356 – SS 2vl

Johann Rosenmüller
Sinfonia

 Heinrich Schütz
Geistliche Concerte II : Ich will den Herren loben allezeit SWV 306 – S
Symphonies Sacrées II : Herr, unser Herrscher SWV 343 – S 2vl
Symphonies Sacrées I : Jubilate Deo omnis terra, SWV 262 – B, 2 vl
Symphonies Sacrées II : Von Gott will ich nicht lassen SWV 366 – SSB, 2vl

Note d'intention

C’est entre 1629 et 1647, pendant la désastreuse Guerre de Trente Ans, que Heinrich Schütz compose les recueils 1 & 2 de Symphoniæ Sacræ, ensemble d’œuvres (27 pièces) composées pour la Cour du Danemark, à laquelle le compositeur était attaché pendant 40 années (1617-1657), pour une combinaison de voix et d’instruments se situant entre l’intimité des Concerts Spirituels (Geistliche Concerte, vol. 1 & 2, motets pour voix et continuo composés entre 1636 et 1639)  et ses œuvres pour plus larges effectifs tels les Psaumes de David, le Musikalische Exequien (Requiem allemand) ou la Geistliche Chormusik.

 Entre la splendeur des œuvres d’inspiration directement italienne comme les Madrigaux et les Psaumes de David en style polychoral d’une part, et les œuvres fastes d’après la guerre comme le 3e volume des Symphonies Sacrées (1650), le compositeur est amené à compter avec une modestie des moyens qui, combinée au développement de l’art instrumental et vocal de cette période où irradie l’Italie et qui facilite une plus grande souplesse de style et de combinaisons, l’amène à exprimer les paroles sacrées avec une intensité et une variété d’écritures nouvelle bien qu’avec des effectifs réduits.

Alors que les Symphonies Sacrées 1, publiées à Venise en 1629, comportent vingt pièces composées sur des textes latins, avec quatre à six parties vocales et instrumentales dans des combinaisons inédites (souvent 2 violons et continuo non spécifié, ici ou là un cornet un ou des bassons, voire un ensemble de saqueboutes), le deuxième recueil, qui s’en veut la continuation, comporte vingt-sept « concerts » pour une à trois voix, deux instruments – presque toujours des violons – et continuo. La liberté d’écriture, la profondeur de l’expression dans une grande économie de moyens en même temps qu’une virtuosité solistique grandissante sont d’un équilibre admirable. Les textes sont généralement des extraits de psaumes ou des citations bibliques. Si le Cantique de Siméon, texte chanté lors des services funéraires, utilise la voix de basse dans sa figuration du vieux sage, le Jubilate Deo étonne par l’ambitus d’une voix très grave et virtuose. Es stehe Gott auf  est basé sur un emprunt de deux madrigaux de Monteverdi (Armato il cor pour « Dieu se lève », et Zefiro torna pour la joie des justes) et met en oeuvre une virtuosité et une séduction très ultramontaines. Enfin, Von Gott will ich nicht lassen, le plus développé avec ses nombreuses strophes, est le seul à utiliser la mélodie d’un choral.

Les Kleine Geistliche Concerte (Petits Concerts spirituels), quant à eux, explorent le style le plus sobre et direct au service de l’expression la plus émouvante. Schütz y utilise le « stile oratorio », càd déclamatoire combiné au style madrigalesque, figuraliste – mais ce dernier avec sobriété, allant rarement dans les extrêmes chromatiques ou spectaculaires des compositeurs italiens du temps. Seuls y sont sollicitées les voix et la basse continue, au service de textes également tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, et de quelques textes de piété (O süßer, o freundlicher…). Nullement faits pour la lecture intégrale, ces recueils sont des répertoires où l’on puise au gré des préoccupations et des sujets de l’heure, et dont on glisse les pièces entre les parties d’ensembles plus grands.  Avec les Symphonies sacrées de la même époque, leur alternance crée une complémentarité poétique et heureuse.

C’est ainsi que nous l’entendons : dans l’alternance, selon une succession d’atmosphères tantôt plaintives ou dévotes, tantôt combattives ou jubilatoires à la manière des textes de psaumes, et ponctués par de brèves interventions instrumentales du presque contemporain Johann Rosenmüller, cet autre saxon italianisé (il a œuvré à Leipzig, mais encore plus à Venise), tout aussi magnifique.

 

Le Parlement de Musique

Le nom est tout un symbole : à la croisée de cultures européennes, la situation de Strasbourg aidant, sous l’impulsion de Martin Gester, le Parlement de Musique est un ensemble dédié à la musique baroque et classique au fonctionnement souple, inventif, modulable – moderne – se dédiant à la recréation d’œuvres rares tout comme de l’interprétation du grand répertoire. Suivant le penchant tout particulier de Martin Gester pour le travail avec les chanteurs, l’ensemble cultive le riche répertoire lyrique menant des cantates profanes et des motets à l’opéra – stylisé – de Monteverdi à Mozart : en témoignent ses révélations ou relectures de Carissimi, Scarlatti, Caldara, Charpentier, Clérambault, Rameau, Haendel, J.S. Bach. C’est tout logiquement que l’ensemble a étendu son champ d’action à la musique classique instrumentale ou lyrique, autour de Mozart et Haydn, dans des dispositifs plutôt légers, en y soulignant les relations qu’elle entretient avec l’art baroque. Autour de l’organiste-claveciniste Martin Gester et en compagnie d’Aline Zylberajch, l’ensemble illustre le répertoire des claviers anciens, en dialogue ou concertant avec des voix et des instruments de Couperin à Mozart, sur les instruments historiques (notamment dans la collection de disques Tempéraments / Radio France). Des pans importants du patrimoine rhénan ont été révélés et diffusés à travers ses concerts et ses enregistrements et par l’édition des partitions (notamment J.U. Steigleder, P.F. Böddecker, S. Capricornus, J.A. Denoyé, F.X. Richter). Actuellement, l’ensemble se consacrera plus particulièrement à l’art de la cantate baroque et à la mise en scène conjointe de la voix et des instruments : cantates et concerts de Montéclair et Clérambault au concert et enregistrés sur CD ; révélation de joyaux du répertoire vocal des Ospedali vénitiens, une mine inépuisable de chefs-d’œuvre méconnus comme ces Vêpres de l’Assomption de Porpora, objet du dernier enregistrement, ceci à côté de chefs d’œuvres du répertoire en dispositifs variés et dans des interprétations revisitées. Son atelier lyrique Génération Baroque, d’audience aujourd’hui européenne, est un lieu d’expérimentation, de formation, une tribune et un instrument de détection de talents : nombre d’artistes aujourd’hui reconnus y ont trouvé un terrain d’envol et une source de formation et d’inspiration. Les dernières sessions ont expérimenté avec des artistes venus de toute l’Europe des ouvrages de Porpora (Vêpres), Haydn (L’Infedeltà delusa), Les Imbroglios de l’Amour, opéra pasticcio de Mozart, Alcina de Haendel en scène, Acis & Galatea de Haendel en Pologne lors du premier festival Poznań Baroque et, en 2013, Orpheus de Telemann.

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Martin Gester, orgue, clavecin et direction

Qu’il soit à la tête de son ensemble, chef invité ou soliste partenaire de musique de chambre, Martin Gester nourrit son approche d’expériences acquises par la recréation de nombreux chefs d’œuvres ignorés – oratorios de Caldara et d’A. Scarlatti, motets de Lalande et Charpentier, Leçons de Ténèbres de Charpentier et d’A. Scarlatti, Passion anonyme d’Uppsala, Messe d’Antoine Denoyé, Concertos de Sammartini, de Schobert, de Saint George, et le riche répertoire des Ospedali vénitiens (Jommelli, Hasse, Porpora, Latilla, Galuppi…).
A partir d’une formation à la fois littéraire et musicale, instrumentale et vocale, passionné par l’histoire et attentif aux traditions orales, à l’art de la danse et du théâtre, Martin Gester s’efforce de retisser les liens que les usages séparent, renouant, à sa manière, avec l’idéal du musicien baroque: ouvert, multiple et humaniste.
Après des études littéraires et musicales au Conservatoire et à l’Université de Strasbourg, il fonde, en 1990, le Parlement de Musique, un ensemble formé à son goût et d’un fonctionnement original : inventif, découvreur, modulable, convivial bien qu’exigeant, à la croisée des styles baroque et classique, du concert et de la scène, aussi préoccupé de détecter de nouveaux talents que de collaborer avec les artistes reconnus.
Tour à tour chanteur polyphoniste, interprète au clavier, chef de chœur, musicologue et pédagogue (les lettres classiques aussi bien que la musique), Martin Gester a pratiqué de nombreux répertoires répartis sur quatre siècles. Actuellement, il dirige aussi volontiers les Vêpres de Monteverdi que les symphonies de Mendelssohn, franchissant volontiers les barrières traditionnelles trop étroites entre les écoles dites anciennes et modernes.
Il a dirigé le Parlement de Musique sur une quarantaine d’enregistrements discographiques illustrant un répertoire de deux siècles de musique, de T.L. de Victoria à J. Haydn, et s’est produit dans des salles prestigieuses sur quatre continents. Il a aussi dirigé d’autres ensembles: New York Collegium, Collegium Vocale Gent, La Chapelle Royale, Nederlandse Bachvereniging, Capella antigua de Curitiba, Orchestre Symphonique de Torún, de Malaga, de Saõ Paolo, des Pays de Savoie … Une collaboration toute particulière s’est établie depuis 1998 avec Arte dei Suonatori, orchestre baroque polonais au cours d’un travail régulier sur les concertos baroques – l’enregistrement des 12 Concerti grossi op. 6 de Haendel chez BIS (Suède), a été acclamé sur plusieurs continents comme l’une des «versions de référence» dans une discographie déjà prestigieuse. Suivront, des Suites orchestrales de G.F. Telemann en 2011, puis des Symphonies de Haydn.
Parallèlement, Martin Gester poursuit ses activités d’interprète: organiste soliste ou de concertos, ou partenaire de musique de chambre au clavecin et au pianoforte. Un goût très prononcé pour le travail avec des chanteurs choisis lui fait explorer l’univers du chant lyrique – cantate, motet ou lied – de Monteverdi jusqu’à Schubert.
Il enseigne au Conservatoire de Musique de Strasbourg et donne régulièrement des masterclasses sur plusieurs continents (notamment, cette année, en Pologne, en Australie, au Brésil).
Martin Gester a été nommé Chevalier des Arts et Lettres et élevé à l’Ordre du Mérite par les Ministères de la Culture respectivement français et polonais.

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Eugénie Warnier, soprano

Après l’obtention de son Doctorat en médecine, Eugénie Warnier se réoriente totalement et débute le chant en l’an 2000. Parallèlement à sa formation au CNR de Paris, dont elle sort diplômée en 2005 en musique ancienne dans les classes d’Howard Crook, Kenneth Weiss…, elle suit les cours de Pierre Mervant en chant lyrique afin d’élargir son répertoire.

Très vite propulsée au devant de la scène, elle enchaîne concerts, récitals et productions d’opéra avec de nombreux ensembles de musique ancienne sous la direction notamment de Christophe Rousset, Marc Minkowski, Emmanuelle Haim ou Raphael Pichon. Elle chante régulièrement avec Martin Gester. Elle aborde également un répertoire plus tardif par exemple à l’Opera d’Amsterdam lorsqu’elle tient les rôles de Tebaldo dans Don Carlo de Verdi ou Jemmy dans Guillaume Tell de Rossini. Enfin elle se passionne pour le répertoire de mélodies et Lieder. Elle a enregistré récemment un nouveau disque sur le thème du Soir et des Berceuses sous le label Muso Soir, berceuses mais pas que…

 

Laureen Stoulig, soprano

Laureen Stoulig-Thinnes est née en 1983, à Creutzwald, France, de mère mauricienne et de père français. Dès son plus jeune âge, elle étudie le piano au conservatoire de Metz. A 16 ans, elle entre dans la classe de chant lyrique de Juan Carlos Morales et en classe en chant baroque chez Monique Zanetti, disciplines toutes couronnées de 1ers prix. Elle continue d’étudier l’art de la voix avec Mirella Freni, Gianni Raimundi, Hubert Weller, Klesie Kelly, Susanna Eken. Ont suivi les engagements auprès d’Alessandro De Marchi (de G.Rossini La Cenerentola, rôle de Clorinda) à Weikersheim, le rôle de Sandrina dans La Cecchina de N.Piccini à Munich, Morgana dans Alcina de G.F. Haendel, sous la direction de Martin Gester, elle est engagée à l’opéra d’Athènes pour y interpréter le rôle de Rosina dans Le Barbier de Séville de G. Paisiello sous la direction de Iakovos Pappas. Laureen Stoulig-Thinnes se produit régulièrement avec Le Parlement de Musique et Il delirio fantastico, ensemble avec lequel elle chante le concert d’ouverture du Festival des Arts Renaissants à Toulouse, en novembre 2018.

En récital, elle est accompagnée par son mari, le pianiste allemand Marlo Thinnes.

En collaboration avec le musicien Vincent Bernhardt, elle crée au Printemps 2018 un festival de Musique Ancienne dans l’église millénaire de Valmunster, Lorraine.

En savoir plus : site web

 

Nathanaël Tavernier, basse

Après une Licence en Ethnomusicologie, la basse française Nathanaël Tavernier obtient son Master à la Haute École de Musique de Genève, avant d’intégrer les Jeunes Voix du Rhin, où il commence à explorer les répertoires belcantiste et bouffe.  Il a été nommé Révélation Classique de l’ADAMI en 2015.  Parmi ses nombreux rôles sur scène : Sarastro dans La Flûte Enchantée, Balthazar dans La Favorite, Cold Genius dans King Arthur, Simone dans Gianni Schicchi et Frère Laurent dans Roméo et Juliette.

Cette saison l’a vu à l’Opéra-Comique pour le Médecin de Pelléas et Mélisande, en tournée avec la Co[opéra]tive pour Osmin dans L’Enlèvement au Sérail et à l’Opéra de Karlsruhe pour le Blaireau et le Curé dans La Petite Renarde Rusée de Jánaček.  Parmi ses projets, un récital de mélodies françaises, Rêveries de Don Quichotte, qui tournera en France, en Suisse et en Allemagne et les rôles d’Éole et du Second Satyre dans Les Amants Magnifiques de Lully et Molière avec Le Concert Spirituel, à l’Opéra de Limoges.

 

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