Les Musiciens de Saint-Julien

Les Musiciens de St julien © Sandrine Expilly

Trilogue

Scellé autour de la formation en trio et ouvert sur la diversité d’écritures qu’il inspire à la fois au XVIIIe et en notre XXIe siècle, ce programme conduit par François Lazarevitch (flûte), Lucile Boulanger (viole de gambe) et Justin Taylor (clavecin) met en regard répertoire baroque et création contemporaine. S’il offre d’entendre Les Musiciens de Saint-Julien hors de leur champ habituel, il pointe aussi un éclairage inédit sur la forme intime du trilogue et invite l’ensemble à se confronter aux désirs de compositeurs vivants.

Leclair, Rameau et Couperin sont les maîtres de cet art de la conversation où chacun s’exprime pleinement, dans un équilibre à chaque fois redistribué, où le clavecin est parfois central et les contrechants habilement répartis. Entre leurs œuvres s’insèrent trois pièces commandées par Les Musiciens de Saint-Julien à Vincent Bouchot (1966), Philippe Hersant (1948) et Gérard Pesson (1958). Tous ont déjà manifesté leurs affinités avec la musique ancienne – par l’appropriation de formes ou l’emploi d’instruments emblématiques. Chacun travaillera en rapport à un compositeur différent : Bouchot et Leclair, Hersant et Rameau, Pesson et Couperin… Liens, ruptures ou transitions, ni pastiches ni hommages, ces interludes viennent enrichir de leur langage contemporain les trios référents. L’alternance insuffle un rythme, l’incrustation questionne la forme : tout est ici imaginé comme une somptueuse mise en abyme des échanges inspirants qui animent le trio.

 

 

Vidéo

 

Programme

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Pièces de clavecin en concerts (1741), Trio pour flûte, viole et clavecin
5e Concert en ré : La Forqueray (Fugue) – La Cupis – La Marais

Philippe Hersant (1948)
Rondeau (Création en regard de l’œuvre de J.P. Rameau)

Jean-Philippe Rameau
Solo de clavecin

Suite de pièces pour musette, viole et clavecin

Jean-Philippe Rameau : Musette de La Naissance d’Osiris


Jean-Marie Leclair : Musette et Menuets de Scylla et Glaucus

Jean-Philippe Rameau : Tambourin « La Queue du chat »

François Couperin (1628-1733)
Le Rossignol en Amour, pour flûte et clavecin

François Couperin / Gérard Pesson (1958)
Troisième Concert Royal en la majeur, trio pour flûte, viole et basse continue
Titre à venir… (Création en regard de l’œuvre de F. Couperin)
Prélude (Lentement) – Création, 1er mouvement – Allemande (Légèrement) – Création, 2e mouvement – Courante – Création, 3e mouvement – Sarabande (Grave) – Création, 4e mouvement – Gavotte – Création, 5e mouvement – Musette (Naïvement) – Création, 6e mouvement – Chaconne légère

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Sonata II en mi mineur du Quatrième Livre pour viole de gambe et clavecin
Andante, Dolce – Minuetto, Allegro non tropo 

Vincent Bouchot (1966)
Monochrome en ré (Création en regard de l’œuvre de J.M. Leclair)

Jean-Marie Leclair
Sonata VIII en ré majeur du Second Livre, Trio pour flûte traversière, viole de gambe et basse continue
Adagio – Allegro – Sarabanda – Allegro assai 

Jean-Philippe Rameau
Pièces de clavecin en concert (1741), Trio pour flûte, viole et clavecin
La Livri (do m)

Note d'intention de François Lazarevitch

Si le répertoire ancien pour flûte baroque et basse continue abonde, les véritables trios pour notre formation flûte, viole de gambe et clavecin ne sont pas si nombreux, et il semble d’autant plus pertinent et passionnant d’œuvrer pour le développement de ce répertoire.

La musique contemporaine est présente dans mon parcours depuis longtemps, notamment grâce au large répertoire de la flûte à bec. Je me souviens notamment, lors de mon récital de Prix de flûte à bec au CRR de Paris, de l’œuvre que j’avais jouée en présence du compositeur. Son retour enthousiaste m’avait beaucoup touché, et j’avais apprécié l’échange qui avait pu s’instaurer autour de son œuvre. Par la suite j’ai eu la chance de travailler avec des compositeurs tels que Gérard Pesson, Vincent Bouchot et Thierry Machuel. C’est à chaque fois une expérience exaltante, surtout pour un musicien dont l’univers est peuplé d’auteurs des xviie et xviii e siècles…

Pour notre nouveau projet, « Trilogue », je suis heureux de retrouver Gérard Pesson et Vincent Bouchot, et de rencontrer Philippe Hersant. Les univers de ces compositeurs me touchent, et offrent une palette stylistique joliment diversifiée et équilibrée. De plus, chacun d’eux a développé des affinités réelles avec la musique baroque et ses instruments.

Couperin, Leclair et Rameau sont trois compositeurs que j’aime profondément jouer. Leurs esthétiques et leurs façons de traiter l’écriture pour trio sont très différentes et complémentaires.
Je suis très curieux de découvrir ce que les compositeurs d’aujourd’hui imagineront pour nos instruments anciens, en s’inspirant librement de ces illustres prédécesseurs.

Enfin, Lucile Boulanger, Justin Taylor et moi-même jouons ensemble depuis plusieurs années. Ces musiciens réunissent les qualités pour un projet d’une telle exigence, une précision technique impeccable et une qualité d’écoute au service du discours musical.

Note d'intention de Vincent Bouchot

Monochrome en ré

Trois idées directrices président à la pièce que je voudrais écrire pour Lucile Boulanger, Justin Taylor et François Lazarevitch : la première est la virtuosité : une labilité, une fluidité directement inspirées d’un mouvement vif du XVIIIème siècle, ou, si l’on veut un autre exemple plus récent, d’un mouvement perpétuel comme celui du finale de la sonate pour violon de Ravel ; la deuxième est l’idée que les trois instruments n’en font qu’un seul : l’un ne se déplace jamais sans l’autre en quelque sorte, il n’y a aucune pensée polyphonique et les unissons ou unissons « accidentés » (« presque la même chose », comme chez le Stravinsky néo-classique) seront nombreux ; la troisième est la limitation volontaire et drastique du champ harmonique : c’est en cela que la pièce sera un monochrome, toute la tessiture étant régie par une gamme unique non octaviante qui ne bouge pas pendant toute la pièce. Quant au deuxième terme du titre, « en ré », il signale simplement que cette note, pour faire écho à la pièce de Leclair qui figure dans le programme, sera la note pivot de l’organisation harmonique. En somme, « Monochrome en ré » espère tirer partie, en fantaisie et invention, de toutes ses contradictions : une musique non tonale dont on semble annoncer la tonalité, une musique à trois pour un seul instrument géant, et une couleur harmonique gelée qu’on espère tout sauf grisâtre !

Vincent Bouchot

Note d'intention de Philippe Hersant

J’ai vécu avec curiosité, puis enthousiasme, le mouvement de redécouverte du répertoire baroque dans les années 1970, grâce à ces pionniers qu’étaient les frères Kuijken, Nikolaus Harnoncourt ou Jordi Savall. Depuis lors, ce lointain passé a été pour moi une source fréquente d’inspiration et nombre de mes œuvres font référence au répertoire baroque, que ce soit sur instruments anciens (Le Chemin de Jérusalem, le Cantique des trois enfants dans la fournaise) ou sur instruments modernes, comme dans mon Trio, écrit en hommage à Marin Marais et à sa fameuse Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont.

J’ai donc accepté avec grand plaisir la proposition de François Lazarevitch et des Musiciens de Saint-Julien d’écrire une œuvre en miroir des Pièces de clavecin en concert de Rameau, et pour le même effectif : flûte traversière, viole de gambe et clavecin.

Le 5ème et dernier de ces concerts de Rameau me touche tout particulièrement et je suis très sensible au fait que chacun de ses trois mouvements est dédié à un artiste, ou à une famille d’artistes (La Forqueray, La Cupis, La Marais) et qu’il s’achève par ce que l’on peut considérer comme un hommage posthume à Marin Marais.

Mon projet est d’écrire un prolongement à La Marais de Rameau, comme un long épilogue, un peu onirique, qui lui succèdera sans aucune interruption. J’y introduirai un motif emprunté à Marais, celui du Rondeau le doucereux du 5ème livre des Pièces de viole, une pièce fascinante qui, dans ses inlassables répétitions, possède, selon moi, un caractère presque hypnotique.

Philippe Hersant

Note d'intention de Gérard Pesson

François Couperin
versus Gérard Pesson

six échos entre les sept mouvements du Troisième Concert Royal pour flûte, viole et clavecin

François Lazarevitch a bâti depuis des années avec son ensemble Les Musiciens de Saint-Julien un corpus magnifique de musiques redécouvertes, et cela par une volonté naturelle chez lui, et je crois même structurelle, de sortir des sentiers battus. Il n’est donc pas étonnant que cet interprète de musique aussi bien populaire que savante ait été curieux de la musique telle qu’elle se cherche et s’écrit aujourd’hui. C’est ainsi que nous avons collaboré déjà à trois reprises dans des projets concernant ma propre musique – notamment avec l’artiste Annette Messager (Rubato ma glissando) et sur mon opéra Pastorale (production au Théâtre du Châtelet en 2009).

C’est dire si j’ai été enthousiaste lorsqu’il m’a proposé d’écrire en écho d’un concert et d’un disque qu’il prépare avec son ensemble, et plus stimulé encore lorsqu’il a suggéré de m’associer à François Couperin dont l’œuvre m’est si proche et que j’écoute régulièrement depuis des décennies. Un projet avec deux François en somme.

Ainsi avons-nous imaginé que j’écrive des liaisons d’écoute entre les sept mouvements du Troisième Concert Royal de Couperin.

Je voudrais, pour honorer cette commande, imaginer des silences colorés, des sortes d’échos de chaque pièce, des transitions si légères, si transparentes et douces qu’on passerait d’une pièce de Couperin à une autre peut-être sans s’en apercevoir, mais en sentant en tout cas que les œuvres, les musiques se parlent par-delà les siècles, j’en suis bien persuadé, et qu’elles se nourrissent sans discontinuer. C’est d’ailleurs ce que François Lazarevitch nous montre depuis toutes ces années avec son ensemble et leurs disques magnifiques.

Un peu comme dans ces installations de land art où l’artiste semble à peine être intervenu dans la nature, mais dessine un angle pour qu’on la regarde et la comprenne différemment, je voudrais que ma musique soit là un simple soulignement, un léger contre-jour, une lumière rasante sur ce Troisième Concert Royal que Couperin jouait, avec des compères aguerris, au vieux roi « presque tous les dimanches de l’année » 1714 et 1715, ainsi qu’il l’écrit dans sa préface de la partition.

Ce Troisième Concert Royal, noble et mélancolique, sorte de regard rétrospectif sur le règne en train de finir, est comme une Recherche du temps perdu dont la Sarabande, pur chef-d’œuvre, serait la madeleine.

Gérard Pesson
(octobre 2019)

Les Musiciens de Saint-Julien

Inspirés par l’intime conviction de leur fondateur, flûtiste et tête chercheuse François Lazarevitch, Les Musiciens de Saint-Julien évoluent depuis 2006 en électrons libres sur les chemins du baroque en recoupant sources orales et écrites. Leurs affinités partagées avec musiciens et répertoires traditionnels fécondent leurs premiers projets, avec lesquels entre bientôt en résonance tout un archipel musical savant ancien et baroque – même sens inventif des couleurs, même énergie jaillie du mouvement dansé, même sensibilité poétique. Les Musiciens de Saint-Julien raniment des fonds musicaux endormis, mais pas uniquement, dans une approche à la fois érudite et intuitive, enracinée dans les pratiques populaires et passée au filtre d’une appropriation exigeante, virtuose et passionnée. Tout en cette alchimie est unique et identifie l’ensemble plus encore que la référence à la confrérie des violonistes danseurs qui lui donne son nom : le relief et l’élégance des lignes, la flexibilité des phrasés chaloupés, la richesse d’un instrumentarium ancien rare d’où émergent flûtes et musettes, le feu intérieur électrisant jusqu’aux œuvres les plus connues de Bach, Vivaldi ou Purcell, le naturel de l’expression, qui rend si familière et pourtant si neuve chaque interprétation.

Au fil de concerts, de tournées en France et à l’étranger – prochainement à l’Auditorium du Louvre (Paris), au Théâtre de Caen, au Wigmore Hall (Angleterre), à la Musikfestspiele Potsdam Sanssouci (Allemagne)… – et de treize CD chez Alpha Classics, Les Musiciens de Saint-Julien ont affermi une présence forte sur la scène française et internationale, qui fait l’unanimité auprès du public comme de la presse spécialisée. Ils seront à partir de septembre 2020 en résidence au Volcan –Scène nationale du Havre.

Prochaines sortie CD chez Alpha Classics : * The Queen’s delight, Ballades, grounds et contredanses de l’Angleterre du XVIIe siècle, * CPE Bach, Sonates pour flûte et clavier obligé.

Partenaires
Les Musiciens de Saint-Julien sont conventionnés par le Ministère de la Culture – DRAC de Normandie et la Région Normandie. La Caisse des Dépôts est le mécène des Musiciens de Saint-Julien. Les Musiciens de Saint-Julien sont en résidence au Festival de Lanvellec et du Trégor et au Volcan – Scène nationale du Havre.

En savoir plus : site web, facebook, twitter, youtube

François Lazarevitch, flûte et direction

François Lazarevitch aborde les musiques anciennes et la flûte avec les défricheurs que sont Antoine Geoffroy-Dechaume, Barthold Kuijken et Pierre Séchet. Fort de son compagnonnage depuis 2006 avec ses Musiciens de Saint-Julien, à qui il communique sa soif d’aller toujours plus loin dans la compréhension, son goût pour la découverte de répertoires oubliés et sa curiosité expérimentale de toutes les cultures, François Lazarevitch pose un regard neuf et singulier sur tout un pan de notre histoire musicale. C’est ainsi que ses interprétations des concertos de Vivaldi ou des sonates pour flûte de Bach (« Cette version qui s’impose au sommet de la discographie » Choc Classica), surprennent et séduisent par l’éloquence, l’invention et le raffinement de son art du phrasé et de l’ornementation. Il se produit également en récital avec l’intégrale des Fantaisies de Telemann pour flûte seule (Alpha Classics, Choc Classica), et prépare un enregistrement des variations de J. van Eyck pour flûte seule. François Lazarevitch enseigne la flûte et la musette baroques au Conservatoire de Versailles.

 

Lucile Boulanger, viole de gambe

Lucile Boulanger débute la viole de gambe avec C. Plubeau à l’âge de 5 ans et poursuit ses études auprès d’A. Maurette, J. Hantaï et enfin C. Coin au CNSMD de Paris. Elle est lauréate de plusieurs prix internationaux (concours Bach-Abel de Cöthen, Società Umanitaria de Milan ou Musica Antiqua de Bruges). Très sollicitée en tant que chambriste, elle se produit et enregistre avec P. Pierlot, F. Lazarevitch, J. Taylor, A. Kossenko, L’Achéron (F. Joubert-Caillet)… et rejoint régulièrement de plus grandes formations comme Pygmalion (R. Pichon), Correspondances (S. Daucé), ou Les Talens Lyriques (C. Rousset). Par ailleurs, elle se produit fréquemment en récital, en France comme à l’étranger. Ses deux disques en duo avec le claviériste A. De Pasquale pour le label Alpha (Bach en 2012 puis C.P.E. Bach et Graun en 2015) ont été largement récompensés.

Récemment elle publie un premier opus en solo chez Harmonia Mundi, consacré à Forqueray et son penchant pour la musique italienne pour violon. Ce disque a été considéré par la critique comme un geste de « libération de la viole ».

Justin Taylor, clavecin

Le jeune musicien franco-américain remporte, à tout juste 23 ans, le Premier Prix, le Prix du Public et deux prix spéciaux au plus prestigieux concours international dédié au clavecin (Bruges). Ayant déjà réalisé plus d’une dizaine de disques, Justin enregistre en exclusivité pour Alpha Classics. Ses deux récitals La famille Forqueray et Continuum ont été unanimement salués par la presse française et internationale. Le jeune claveciniste a également participé à l’intégrale Bach de Deutsche Grammophon (Bach 333) en enregistrant un double disque d’œuvres méconnues de Bach. Aussi à l’aise au pianoforte qu’au clavecin, Justin a enregistré le 17e Concerto de Mozart.

Justin est nommé aux Victoires de la musique classique 2017. Aimant partager son amour de la musique avec le public, Justin se produit en soliste ainsi qu’en musique de chambre avec son ensemble Le Consort.

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